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Home Guinée

Mes convictions pour une Guinée stable et orientée vers l’avenir

mcguinee par mcguinee
mars 12, 2021
dans Guinée, Sociologie
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Il faut sortir du conformisme pour épouser le réalisme !

Après avoir observé et analysé les crises socio-politiques dans notre pays, la Guinée, j’ai estimé que leur cause porte sur le fondement même de notre Etat et de son fonctionnement. Ces crises doivent interpeller chaque Guinéen conscient de ce qu’elles pourraient éventuellement engendrer comme conséquences si toutefois, aucune réflexion n’est faite afin de trouver une solution pérenne afin que le pays connaisse une stabilité socio-politique qui, inéluctablement, favorisera le développement socio-économique de notre pays. C’est pourquoi, j’ai pensé à accoucher cette réflexion en faisant des propositions concrètes.

En effet, l’objet de ma démarche porte sur une réflexion intellectuelle dont la mise en application pourrait, à mon sens, contribuer à apaiser les tensions socio-politiques dans notre pays – ne serait-ce que temporairement – et à construire une véritable nation guinéenne basée sur une identité plurielle fondée sur la reconnaissance et l’inclusion des identités singulières. Ainsi, cette éventuelle identité nationale sera le reflet de l’ensemble des identités sociales qui composent la Guinée. Considérant que toutes ces crises nécessitent une solution pérenne afin de nous focaliser sur l’essentiel qu’est le développement socio-économique de notre pays, je fais ici une réflexion sur un modèle politique qui pourrait favoriser la stabilité sociopolitique dans notre pays. Du coup, dans ma réflexion, j’ai questionné nos modèles sociopolitiques anciens notamment ceux du Mandé et du Fuuta théocratique et celui de la Belgique actuelle. Parce que ces modèles sociopolitiques avaient bien marché, et marche plutôt bien, en ce qui concerne la Belgique. Alors, pour construire cette identité, il faut dans un premier temps, déconstruire les faux sentiments sur une soi-disant nation guinéenne (I). Dans un second temps, reconnaître nécessairement les identités ethniques comme étant des atouts et non comme étant un problème en soi (II). Et pour construire cette nation plurielle “désirée, revendiquée et assumée”, il faudrait absolument mener une réforme institutionnelle qui prendrait en compte toutes les spécificités socioculturelles (III).

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I- Déconstruire les faux sentiments pour construire une identité nationale réelle :

Dans notre pays, on entend et répète souvent ces formules magiques, belles et pompeuses qui sont : “la Guinée est une nation”, “la Guinée est une famille”. Ces formules laissent croire que la Guinée est effectivement une communauté de destin appelée nation. Alors qu’en réalité – si on se réfère aux deux conceptions juridiques (allemande et française) de la nation (parce que la nation qu’on veut appliquer à la lettre à la société guinéenne est une importation du modèle français) – on se rendra compte que la Guinée n’en est pas une. Voyons ainsi qu’ est -ce que c’est que la nation selon ces deux conceptions. La nation selon la conception française est le sentiment du vivre ensemble. Et selon la conception allemande, elle est le fait d’appartenir à une même culture, race, religion, et le fait d’avoir un mode de vie commun et une langue commune. En effet, ces deux conceptions sont assemblées dans une même acception du Lexique des termes juridiques, selon laquelle, la nation est un “groupement d’hommes ayant entre eux des affinités tenant à des éléments communs à la fois objectifs (race, langue, religion, mode de vie) et subjectifs (souvenirs communs, sentiment de parenté spirituelle, désir de vivre ensemble) qui les unissent et les distinguent des hommes appartenant aux autres groupements nationaux.” [1]Lexique des termes juridiques, Dalloz 2010, 17 édit.….

Après avoir défini juridiquement la nation, alors, je vais questionner les réalités sociopolitiques de notre pays pour savoir si à l’aune de cette définition juridique, nous sommes effectivement une nation. Ainsi, je vais évoquer un certain nombre de faits sociologiques majeurs et symboliques pour illustrer l’inexistence de la nation guinéenne.

Tout d’abord, il convient de rappeler que la Guinée est un pays multiculturel (multiethnique). C’est-à-dire qu’elle est composée de plusieurs groupes sociaux caractérisés par des identités linguistiques, sociales, culturelles, religieuses, historiques, toutes singulières. Elles sont différentes les unes des autres. En réalité, même si elles peuvent à certains égards, avoir des ressemblances, des points communs, mais dans l’ensemble, chacune d’elles est différente l’une de l’autre. Rien qu’en observant les expressions symboliques de ces différentes identités dans le quotidien, on s’aperçoit qu’elles sont effectivement différentes. Par exemple, l’organisation funéraire chez les Fulbes (Peuls) et Malinkés, n’est pas la même que chez les Kissiens ou chez les Tomas, ainsi de suite. Cet exemple est une illustration parmi tant d’autres. Les différences peuvent s’observer dans bien des cas sur les réalités socioculturelles des différents groupes sociaux de notre pays. Selon les zones géographiques et le partage d’un certain nombre de réalités socioculturelles du fait de la religion et/ou de la cohabitation, etc., il peut y avoir des choses en commun entre les groupes identitaires. D’ailleurs, même ces ressemblances ne sont pas garanties à cent pour cent (100%). Cependant, bien que les Fulbes, les Malinkés, et d’autres communautés ont en commun la religion (l’islam) – mais au-delà du formalisme requis par islam – ils ne célèbrent pas de la même manière le mariage par exemple qui a pourtant, la religion comme fondement légal selon les croyances bien entendu. Et ces différences sont liées à l’implication des pratiques traditionnelles (spécificités culturelles) dans les pratiques religieuses. Idem, pour le baptême. Chez les Peuls, la bête (mouton ou chèvre selon le sexe de l’enfant) immolée pour l’occasion au 7ème jour de la naissance du nouveau-né, doit être partagée en deux parties. Une partie est envoyée à la belle-famille de l’époux, et l’autre partie est scindée entre les membres de sa famille – entre les patriarches plus spécifiquement. Cette partie envoyée à la belle-famille est appelée “Fetchieree” (moitié) ! Sans être sûr, je ne pense pas que cette pratique est une norme (coutume chez les Malinkés, les Soussous ou chez d’autres groupes sociaux partageant la même religion que les Peuls. Par conséquent, il convient d’admettre que les us et coutumes sont différents les uns des autres selon les groupes sociaux (ethniques). Egalement, ces différences sont d’ordre linguistique. Et comme il y a une multiplicité de groupes sociaux, il y a aussi naturellement, une multiplicité de langues qui sont parlées par ces entités (groupes). Elles sont entre autres : le diakanké, malinké, puular, kissi, guerzé, soussou, baga, landouma, konia, etc. De la même manière, le mode de vie des groupes sociaux sont différents selon leur zone d’habitation. Parce qu’il y a des cas exceptionnels qui prouvent qu’on peut être originairement d’un tel groupe social et adopter le mode de vie (comportement, culture, etc.) du milieu du groupe social dominant où on vit. Cela s’appelle en psychologie, “le déterminisme environnemental”. Et en sociologie, il est dit que c’est le milieu qui fait l’homme ! C’est ce que Pierre Bourdieu appelle d’ailleurs “habitus” [2]Habitus : ensemble des schèmes et comportements intériorisés par un individu par rapport à son milieu social…. Cependant, ce changement est aussi appelé “habitus individuels clivés ou dissonants”. Donc, on peut bien être biologiquement membre d’un tel groupe social, mais par la circonstance des choses (mobilité sociale, changements structurels) adopter les “habitus” d’un autre groupe. Sur le plan religieux, il y a également des différences entre les groupes sociaux guinéens. D’aucuns sont Musulmans, Chrétiens, et d’autres sont animistes. Et on peut retrouver dans certains cas, le mélange entre christianisme et animisme, et dans d’autres, le mélange entre islam et animisme. Ainsi, les religions monothéistes (islam et christianisme) sont pratiquées à certains des égards avec une dose de traditionalisme (animisme). Cela s’appelle du syncrétisme religieux ! Par conséquent, il n’y a pas une identité religieuse commune qui régirait l’ensemble des groupes sociaux. Alors, sans vouloir entrer dans une historisation des faits sociopolitiques, je vais juste aborder quelques événements qui illustrent l’absence de désir du vivre-ensemble entre Guinéens. Je souligne tout de même que certains faits peuvent être marginaux du fait de leur caractère circonstanciel et donc, exceptionnel. C’est le cas des crises sociales engendrées par le fait politique qui sont occasionnelles. Souvent dans notre pays, des communautés dont les activités principales portent sur l’élevage et l’agriculture, s’en prennent les unes aux autres. Plus précisément, lors de la transhumance. A cela, s’ajoutent les conflits de voisinage et crises sociales (ethniques) qui se manifestent à l’occasion de chaque échéance électorale et parfois même en dehors des échéances électorales. Les crises que traverse actuellement notre pays dont la source est liée aux élections communales et communautaires, sont une parfaite illustration. Concernant ces dernières, d’aucuns diront qu’il y a des manipulations politiciennes qui les justifient. Oui, c’est vrai.

Mais en réalité, la force d’une nation réside dans ses capacités à transcender les clivages pour être solidaire à l’une de ses composantes quand celle-ci est menacée ; à privilégier l’intérêt général aux intérêts personnels et/ou communautaristes ; et surtout, à faire front commun pour résister face à des menaces qui pèsent sur son existence. Les mobiles de ces menaces peuvent être entre autres : l’exclusion et de la violence de l’Etat, des manipulations politiciennes dont les conséquences peuvent être néfastes (guerre civile, affrontements inter-communautaires, etc.).

Par contre, au regard des crises répétitives que traverse notre pays, aucune action, aucun comportement n’indique que nous sommes capables de faire montre d’esprit élevé pour transcender les clivages sociopolitiques afin d’éviter le pire. Tous les jours, on enfonce le clou avec des discours politiques clivant et des déclarations ethno-régionalistes teintées de haine ; et l’exacerbation des injustices sur tous les plans qui favorisent la montée des tensions sociales. Et plus loin, on remarque bien que dans notre pays, les revendications et dénonciations ne sont exprimées que quand chaque groupe social estime que ses intérêts sont menacés. Le souci de l’existence et le respect de la dignité de l’autre ne sont importants que selon qu’il s’agisse d’un des nôtres ou pas !

Par ailleurs, si on s’en tient à la définition de la nation donnée par Sieyès dans son fameux opuscule (petit ouvrage), il dit qu’elle est “un corps d’associés vivant sous une loi commune et représentés par la même législature.” [3]« Qu’est-ce que le tiers-Etat ? »…, on peut ainsi dire que la Guinée est une nation. Mais force est de remarquer que cette définition est minimaliste et impertinente. Parce que la loi commune sous laquelle, ces associés vivent, peut être imposée, non représentative, et la législature peut aussi être hors mandat. Donc, elle devient illégale et illégitime ! Alors que le caractère légal et légitime de la loi a une signification importante en démocratie.

La Guinée est une famille ? Cette expression est souvent employée pour donner l’impression que la Guinée est un  corps social qui forme un tout, c’est-à-dire uniforme et/ou homogène. Et cela signifie en d’autres termes qu’il n’y a aucune différence entre les groupes sociaux qui le [corps social] forment. Alors qu’en réalité, c’est tout faux. Par contre, sans vouloir trop m’attarder sur cette citation, il faut savoir que la famille est une notion complexe, étudiée par diverses disciplines (anthropologie, ethnologie, droit, histoire, philosophie, sociologie). Ainsi, on ne peut réduire cette notion aussi complexe et profonde à un simple slogan fantaisiste et démagogique. Faire de tels raccourcis, consiste à faire montre de “paresse intellectuelle” [4]Docteur Ramadan Diallo... D’ailleurs, elle est tellement complexe que l’Ethnologue français Claude Lévi-Strauss parle de “sectes rivales” en établissant deux types de famille : la famille des verticaux et la famille des horizontaux. Et le Psychanalyste Serge Vallon dans son ouvrage [5]“Qu’est-ce qu’une famille ? Fonctions et représentations familiales”..., décrit trois catégories de familles, et à chacune d’elles, il donne une définition selon son objet. Il définit la première comme étant “l’ensemble uni que forment les parents et leur enfant.” Celle-ci est la famille communément appelée “famille biologique”. Elle est le résultat d’un lien de sang. La seconde est “un groupe solidaire d’appartenance, composé de ceux qui vont devoir m’aider sans réfléchir ni calculer.”. Celle-ci porte sur la solidarité et l’entraide. Elle est en effet, liée aux intérêts qui régissent ses membres. La troisième est “ce qui est écrit sur les faire-part ; faire-part de naissance, de mariage ou de deuil.”. Cette dernière est liée aux considérations/intérêts que les uns accordent aux relations qui les lient à leurs proches et amis. En plus de ces définitions qu’il donne aux familles, il indique les trois fonctions de la famille qui sont : engendrer, protéger, éduquer – qui paraissent simples et compatibles selon lui. Cependant, il précise que ces trois fonctions de la famille sont au service d’une seule : transmettre ! Transmettre la vie, l’intégrité physique et psychique/les modèles sociaux comme les manières d’être d’un adulte reconnu. Alors que, la société elle, a quatre fonctions : générations, sexes, production, spiritualité [6](cf. Eugène Enriquez, De la horde à l’Etat, Paris, Gallimard 1983.)… qui sont assurées par diverses institutions (comme l’école, les groupements amicaux, les associations et les clubs, les unités de production de vie…). Donc, on voit bien qu’une société ne peut pas être une famille et vice versa. D’après Claude Lévi-Strauss « Ce qui différencie l’homme de l’animal, c’est que dans l’humanité, une famille ne saurait exister s’il n’y avait pas d’abord une société : pluralité de familles qui reconnaissent l’existence de liens autres que la consanguinité, et que le procès naturel de la filiation ne peut suivre son cours qu’intégré au procès social de l’alliance. » [7](Lévi-Strauss, Regard éloigné, op. cit., p. 83). Tout de même, une société ne saurait exister s’il n’y avait pas d’abord de familles. Car, c’est ce sont les familles qui forment la société. Donc, les deux sont interdépendantes ! Et là encore, si je mets nos réalités sociopolitiques en parallèle avec toutes ces acceptions, je me rends rapidement compte qu’aucune de ces familles précitées ne correspond à la “famille guinéenne”. Car en Guinée, il n’y a non seulement pas de consanguinité entre l’ensemble des Guinéens, mais aussi et surtout, même dans celle qui pourrait correspondre à la “famille guinéenne” du fait de la solidarité entre ses composantes, les réalités entre Guinéens prouvent à suffisance que cette solidarité n’y est pas. En illustration, quand l’Etat violentait et tuait des citoyens de Womey, les autres communautés étaient indifférentes comme si de rien n’était ; quand les citoyens de l’Axe sont violentés, tués et emprisonnés par l’Etat (les forces de défense et de sécurité), tout le monde est indifférent ; et quand d’autres communautés et régions sont touchées, celles qui ne sont pas touchées, ne s’indignent même pas, donc, ne calculent pas. Et pire encore, d’aucuns se réjouissent, justifient les morts et la militarisation de l’Axe, par l’expression de l’autorité de l’Etat, par la nécessité de garantir la sécurité des personnes et de leurs biens. La famille est comme un corps humain. Si une partie du corps a mal, c’est tout le reste du corps qui le ressent. Et dans une famille, si un de ses membres souffre dans sa chair et dans son âme, en principe, tous les autres membres doivent compatir, l’exprimer leur solidarité. Mais est-ce que cela est valable pour la soi-disant famille guinéenne ? Aux vues des réalités sociopolitiques, c’est évidemment non ! Par contre, il faut souligner qu’il y a des alliances du fait des mariages mixtes entre pratiquement, toutes les identités sociales. Mais ces alliances sont-elles suffisantes pour déclarer que la Guinée est une famille et non des familles ? La réponse est non. Donc, en dépit des quelques ressemblances et alliances qui peuvent exister de part et d’autre, je peux affirmer qu’il n’y a en réalité, ni nation guinéenne, ni famille guinéenne ; et ce, c’est en partant du point de vue juridico-sociologique. Ceci étant, il faudra la construire. Mais comment ? En faisant la négation des réalités sociologiques (identités singulières) guinéennes qui sont en réalité, ce qui pourrait être le substrat même d’une éventuelle nation guinéenne ? Ou bien en les reconnaissant comme atouts et en les intégrant dans cette éventuelle identité plurielle ? C’est là que je vais aborder la deuxième partie de mon traité (II).


[1] Lexique des termes juridiques 2010, Dalloz, 17ème édit.

[2] Habitus : ensemble des schèmes et comportements intériorisés par un individu par rapport à son
milieu social.

[3] « Qu’est-ce que le tiers-Etat ? »

[4] Docteur Ramadan Diallo

[5] “Qu’est-ce qu’une famille ? Fonctions et représentations familiales”

[6] (cf. Eugène Enriquez, De la horde à l’Etat, Paris, Gallimard 1983.)

[7] (Lévi-Strauss, Regard éloigné, op. cit., p. 83)

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