“[…] Et d’ailleurs, c’est l’occasion de dire que je suis très surpris qu’on dise aimer son pays et détester ses dirigeants. Je suis très surpris qu’on se dise patriote et qu’on se réjouisse des malheurs de son pays ou qu’on y contribue. C’est ma position personnelle ! Parce que j’ai l’impression que les Guinéens n’aiment voir que les mauvaises nouvelles pour la Guinée ou voudraient voir tous leurs dirigeants partir à l’échafaud. Mais malheureusement, ce n’est que, un vœu qui n’a jamais été réalisé. […]” dixit Tibou Kamara
Je vais parler ici, avec un petit retard, d’un homme en l’occurrence, Tibou Kamara dont je n’aime pas trop parler puisqu’il représente à mes yeux, des comportements vils et détestables : l’infidélité, la traîtrise, l’ingratitude, la fourberie, la versatilité, la cupidité, etc. Mais, compte tenu de la gravité de son propos et de la confusion qu’il comporte, je me fais l’obligation de réagir à sa sortie. En effet, lors de son dernier passage dans l’émission “Mirador” de la radio fim Fm, en répondant à une question portant sur la liste (noire) des vingt cinq membres du pouvoir d’Alpha que trente deux (32) députés européens ont soumis au Parlement européen en vue qu’il y ait des sanctions (interdiction de voyages, gel d’avoir, etc.) à l’égard de ces derniers, Tibou Kamara avait tenu le propos ci-dessus.
Après avoir rappelé le propos de l’homme (Tibou Kamara), je vais m’attaquer à la confusion qu’il comporte en apportant des précisions sur certains termes (aimer son pays, patriote) qu’il a employés et en rappelant les faits dans le but de les remettre dans leur contexte.
Parlons tout d’abord, des termes : aimer son pays, patriote. C’est quoi un patriote et c’est quoi aimer son pays ? L’amour de ses dirigeants est-il la condition pour aimer sa patrie ? Autrement dit, peut-on aimer son pays sans aimer ses dirigeants ?
Selon le Larousse, est patriote, celui : “Qui aime ardemment sa patrie et le prouve par ses actes.” Entendez par patrie, son pays, la terre des pères. A la question de savoir si l’amour de sa patrie est synonyme d’aimer ses dirigeants, la réponse est bien évidemment que non. La patrie (le pays) est un bien commun à l’ensemble des composantes (gouvernants, gouvernés, riches, pauvres, fonctionnaires, paysans, artisans, etc.) du pays. Tout comme la patrie est commune aux citoyens, la mort est également commune aux mortels. Du coup, tôt ou tard, les citoyens de la patrie passeront par ce passage obligatoire qu’est la mort. Cependant, la patrie ne mourra pas du fait de la mort de ses composantes. La preuve en est que depuis la création de l’Etat guinéen, beaucoup de ses dirigeants (présidents, ministres, etc.) sont trépassés. Sékou Touré, Lansana Conté, etc. ont été des dirigeants de ce pays et l’avaient dirigé avec une main de fer, puis, le destin lié au trépas a fait qu’ils ne sont plus là. Malgré tout, la Guinée est restée ce qu’elle est. Elle n’est pas morte pour autant. Celles et ceux qui ont aimé et aiment la Guinée n’ont pas arrêté de l’exprimer leur amour ! S’ils avaient aimé la Guinée du fait qu’ils aimaient Sékou Touré et Lansana Conté, leur amour à l’endroit de la Guinée aurait connu sa fin. Mais comme c’est la Guinée qu’ils aiment et non leurs dirigeants, ils continuent de l’aimer encore. Et leur amour à l’égard de la Guinée sera ainsi jusqu’à la fin de leurs jours ! Cela prouve suffisamment qu’aimer sa patrie n’est pas synonyme d’aimer ses dirigeants.
Par ailleurs, il convient de se demander si l’on peut détester les dirigeants de son pays tout en l’aimant ? Oui, on peut bien entendu aimer son pays et détester ses dirigeants. Détester ses dirigeants est-il une attitude sans raison ? Quand un citoyen déteste les dirigeants de sa patrie que l’on aime pourtant, il y a forcément une raison qui justifie cette détestation. Quand on aime son pays, on aime qu’il [pays] soit dirigé par des hommes vertueux et des femmes vertueuses. Quand on aime sa patrie, on aspire au bonheur et au bien-être pour ses compatriotes. Quand on aime sa patrie, on exige à ses dirigeants de respecter et de faire respecter les lois (contrat social) qui le régissent. Quand on aime son pays, on exige le respect des citoyens. Quand on aime son pays, on exige le partage des richesses. Quand on aime son pays, on exige une justice pour tous. Quand on aime son pays, on exige l’égalité entre ses enfants. Quand on aime son pays, on dénonce les arrestations arbitraires et les emprisonnements fantaisistes. Quand on aime son pays, on dénonce les assassinats politiques commandités par un régime aux intérêts égoïstes. Quand on aime son pays, on ne ferme pas sa bouche face à toutes les injustices sociales. Quand on aime son pays, on exige un système éducatif et un système sanitaire de qualité. Etc.
Si sa patrie connaît toutes ces tares, tout patriote doit détester les dirigeants de son pays. C’est justifié. A défaut de les détester, on garde le silence face à toutes ces tares pour se la couler douce. Dans ce cas, on doit avoir la décence pour ne pas chercher à paraître comme étant un patriote !
L’autre confusion dans le propos de Tibou Kamara est de faire croire que les malheurs qui arrivent aux dirigeants sont des malheurs qui arrivent au pays. Là encore, il convient de préciser que si les malheurs (menaces d’interdictions de voyages et gel d’avoirs, etc.) des dirigeants ne sont pas les malheurs du peuple puisque les dirigeants n’apportent que malheurs et désolation au peuple (assassinats de manifestants, arrestations arbitraires, emprisonnements illégaux, etc.). Des dirigeants qui appauvrissent, démolissent des habitations, emprisonnent, exilent, tuent, etc. ne méritent que mépris et détestation de la part du peuple de Guinée. Fort malheureusement, la Guinée n’a connu que ces tristes réalités. C’est pourquoi, nous peinons de connaître le développement socio-économique.
Par ailleurs, si Tibou Kamara fait volontairement cette confusion, la raison de sa démarche est compréhensible. Car, il n’est patriote que quand il est ministre, et il n’a de patrie que quand il est à la mangeoire. Sinon, c’est le même Tibou Kamara qui avait publié un papier pendant qu’il était en exil au Maroc, pour demander le départ d’Alpha Condé dont il est aujourd’hui, le Conseiller personnel et le ministre de l’industrie et des PME. Mais, rien d’étonnant venant de lui. C’est son ADN ! Comme le disait FRANÇOIS DE SALIGNAC DE LA MOTHE-FÉNELON (château de Fénelon, Périgord, 1651-Cambrai 1715) dans dialogue des morts : “La patrie d’un cochon se trouve partout où il y a du gland.”
Pour terminer, si pour être patriote, il faut aimer les dirigeants corrompus, incompétents de son pays et qui tuent leurs concitoyens y compris des enfants parce qu’ils veulent tout simplement continuer à s’accaparer des biens du pays, je dirais comme PIERRE JOSEPH PROUDHON (Besançon 1809-Paris 1865) : “Périsse la patrie, et que l’humanité soit sauvée.”












