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Le tragique destin politique de la Guinée.

La situation sociopolitique de la Guinée est une éternelle répétition de l'histoire.

Medias Citoyens Guinéens par Medias Citoyens Guinéens
septembre 10, 2021
dans Actualité
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Quand la Guinée votait “Non” à l’occasion du référendum du 28 septembre 1958 proposé par le général De Gaulle qui comptait former la Communauté française — qui allait regrouper la Métropole, ses territoires d’Outre-mer et ses anciennes colonies –, l’horizon présageait un souffle de liberté et un avenir radieux pour le Peuple de Guinée. En effet, la proclamation de l’indépendance du pays, le 02 octobre 1958, donnait de l’espoir non seulement aux Guinéens, mais aussi à bon nombre d’Africains qui rêvaient l’indépendance de l’ensemble des colonies d’Afrique. Mais, compte tenu de la gouvernance des différents régimes qui se sont succédés de l’indépendance à nos jours, la situation sociopolitique a pris une autre direction complètement différente de celle qui était espérée et attendue.

L’heure du désenchantement…

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Très rapidement, l’ivresse, la folie et la boulimie du pouvoir transformèrent l’homme du 28 septembre 1958 en l’occurrence Sékou Touré. Cet homme qui, avec verve et détermination, disait au nom du peuple de Guinée à De Gaulle : “Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage”, devint hostile à toute forme de contradiction mettant en jeu son pouvoir. En plus de ses ennemis externes, il se créa d’ennemis internes. Et il devint paranoïaque. Il fit construire le fameux Camp boiro où périrent bon nombre de Guinéens notamment de grandes personnalités du pays qui furent de proches collaborateurs à lui [Sékou Touré]. Ceux qui ne voulaient pas être réduits au silence et qui craignaient pour leur vie, furent forcés à prendre le chemin de l’exil d’où ils s’opposaient au régime de Sékou Touré. Il parvint ainsi à étouffer toutes les voix de contestation interne. Il régna d’une main de fer jusqu’au 26 mars 1984 date à laquelle, il s’est éteint dans un hôpital américain.

L’arrivée du CMRN en messie…

Vingt six (26) ans durant, les Guinéens furent terrorisés et traumatisés par le régime de Sékou Touré. A sa mort, la guerre de succession opposa son demi-frère Ismaël Touré et Lansana Béavogui. Face à cette situation, les militaires profitèrent pour prendre le pouvoir.

Le Comité militaire du redressement national (CMRN) bénéficia du soutien populaire. L’euphorie du peuple qui scandait dans les rues de Conakry ” liberté, liberté, liberté ” et ” vive le CMRN ” ressemblait à l’effervescence populaire du 28 septembre 1958. C’est comme si les Guinéens venaient d’être libérés à nouveau du joug colonial qui n’était pas étranger cette fois-ci.

En juillet 1985, un groupe de militaires piloté par le colonel Diara Traoré tenta de faire un coup d’Etat dans un coup d’Etat. Après une mise en échec de ce fameux coup d’Etat par les loyalistes de Lansana Conté, une purge fut menée contre des dignitaires civils et militaires malinkés. La Communauté malinkée paya un lourd tribut de cette purge-là.

Le Comité de transition et du redressement national (qui avait servi d’Assemblée nationale) pour rédiger une nouvelle Constitution et assurer une transition fut créé. Une Loi Fondamentale progressiste intégrant le pluralisme politique fut adoptée par voie référendaire en 1990. En 1993, la première élection présidentielle à laquelle avaient participé des opposants, eut lieu. Lansana Conté fut déclaré par la Cour suprême, le vainqueur de ladite élection après l’annulation des résultats de Kankan et de Siguiri. Deux ans plus tard (en 1995), les législatives furent organisées. Ainsi, des opposants (Alpha Condé, BÂ Mamadou, etc.) siégèrent à l’Assemblée nationale jusqu’aux prochaines législatives de 2002 qu’ils boycottèrent.

Après deux mandats insuffisants aux yeux de Lansana Conté, il organisa le 11 novembre 2001, un référendum constitutionnel qui lui avait permis de remettre le compteur à zéro, c’est-à-dire de modifier l’article 24 de la Constitution qui limitait le nombre de mandat à deux et de cinq ans chacun. Il s’était maintenu ainsi au pouvoir jusqu’à la date du 22 décembre où il s’est éteint lui aussi.

Cette situation de forcing politique entraîna les mouvements sociaux de juin 2006 et de janvier-février 2007. Ces dates mémorables de contestation sociale qui avait fait vaciller le régime Conté en paralysant l’ensemble du pays, avaient été marquées par une répression sanglante avec un bilan macabre important.

Malgré tout, il régna 24 ans durant à la tête de la Guinée en laissant derrière lui une situation catastrophique sur les plans économique, social et politique.

Le retour à la case départ…

Le 28 décembre 2008, le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) avec à sa tête, capitaine Moussa Dadis Camara, annonça via la Radio et Télévision Guinéennes (RTG) la prise du pouvoir par l’armée, et s’engagea à assurer une transition qui allait déboucher à l’organisation d’une élection démocratique. Exténuée par le régime Conté, dans l’euphorie comme en 1984, la population apporta son soutien au CNDD.

L’ivresse, la folie et la boulimie du pouvoir changèrent le discours de Moussa Dadis Camara qui avait promis aux Guinéens d’organiser une élection à laquelle, il ne prendra pas part. A l’occasion d’un entretien avec un média, il indiqua en substance que si les acteurs politiques lui mettent la pression (en l’emmerdant), il allait ôter son treillis pour se lancer dans la compétition de l’éventuelle élection présidentielle. C’est ainsi que les Forces vives (OSC, partis politiques, etc.) du pays avaient appelé à manifester 28 septembre 2009 au stade du 28 septembre. Les militaires réprimèrent les manifestants dans le sang. Des femmes furent violentées et violées. Sans parler des personnes disparues, plus d’une centaine de personnes furent tuées à cette occasion. Les organisations des droits de l’homme qualifièrent cette répression de massacre. Malheureusement, l’affaire est toujours pendante à la Cour pénale internationale (CPI).

Après une tentative d’assassinat contre sa personne par son aide de camp Aboubacar Toumba Diakité, Dadis Camara sera évacué au Maroc, puis au Burkina Faso où il a observé sa convalescence et il vit en exil. Il sera ainsi écarté du pouvoir au profit de son “ami” Sékouba Konaté qui assurera la continuité de la transition avec la formation d’un gouvernement d’union nationale dirigé par un Premier ministre issu des rangs de l’opposition en l’occurrence, Jean-Marie Doré qui fut désigné par ses pairs.

L’arrivée qui suscita de l’espoir chez bon nombre de Guinéens malgré les événements qui l’ont engendrée…

En juin 2010, le tour de l’élection présidentielle fut organisé par la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Les résultats provisoires du premier tour désignèrent Cellou Dalein Diallo à la tête du scrutin avec un score de 43,60% contre 18,25% pour son principal adversaire Alpha Condé. Et les résultats définitifs du 27 juin 2010 donnèrent respectivement aux deux candidats 39,72 % et 20,67 % des suffrages après l’annulation des résultats de certaines circonscriptions notamment Ratoma. Au lieu de 14 jours comme c’était prévu par la loi électorale, le deuxième tour n’aura lieu que le 7 novembre 2010, c’est-à-dire 6 mois après le premier tour. Contre toute attente, Alpha Condé sera désigné vainqueur du scrutin. Cellou Dalein Diallo et ses alliés contestèrent les résultats proclamés par la CENI devant la Cour suprême. Ils n’avaient malheureusement pas eu gain de cause. Par conséquent, il privilégiera la paix en invitant ses militants à se contenter des résultats proclamés.

Décembre 2010, Alpha Condé fut investi Président de la République de Guinée. Mais, très rapidement, il montra sa volonté de régner en maître suprême. Pour l’organisation des élections législatives qui, selon les accords de Ouagadougou, devrait avoir lieu dans l’année qui avait suivi son investiture, c’est-à-dire en 2011, Alpha Condé avait attendu l’année 2013 pour les organiser. Entre-temps, il gouvernait sans Assemblée nationale. Avec son bon vouloir, il engagea la Guinée dans des engagements internationaux avec des institutions internationales telles que celles de Bretton woods (FMI et BM). il organisa les législatives après de multiples manifestations (soldées par des morts par balles et d’arrestations arbitraires) organisées par l’opposition pilotée par Cellou Dalein Diallo. Alpha Condé s’octroya frauduleusement une majorité qui lui a permis de gouverner comme il l’entendait parce que cette majorité était une véritable caisse de résonance.

Après un premier mandat dont le bilan économique était mitigé, en 2015, Alpha Condé s’offrit un second mandat dès le premier tour un second mandat avec le fameux “un coup KO” grâce à la complicité de la CENI et à la fraude électorale.

Les élections communales n’avaient eu lieu qu’en 2018 après de nombreuses manifestations organisées par l’opposition. Malgré les fraudes, le pouvoir fut malmené dans cette échéance électorale même dans des fiefs traditionnels du RPG et à Conakry où il n’eut que la Commune de Matoto et, grâce à la force.

Par ailleurs, à l’image de ses prédécesseurs, Alpha Condé rêvait lui aussi de mourir au pouvoir. Or, il s’était opposé à ses prédécesseurs qu’il considérait comme des dictateurs. C’est ainsi qu’est né le Front national pour la défense de la Constitution (de 2010) (FNDC). De nombreux guinéens du territoire national et de la Diaspora avaient manifesté leur opposition à ce projet de troisième. Malgré ces cris de cœur, Alpha fit la sourde oreille en fonçant les yeux fermés vers son projet. Les manifestations furent réprimées dans le sang. De nombreuses personnes furent arbitrairement arrêtées et jetées injustement en prison. Une parodie de procès pour faire condamner des personnes qui n’avaient fait qu’exprimer leur opposition à la violation de la Constitution de leur pays.

Avec la complicité de la CENI encore une fois, Alpha Condé fit organiser en mars 2020, des élections législatives couplées à un référendum constitutionnel pour remplacer la Constitution qui l’empêchait de s’obtenir plus de deux mandats. Comme sous Conté en 2005, les principaux partis de l’opposition les boycottèrent.

En octobre 2020, dès e premier, Alpha s’est fait désigner gagnant de l’élection présidentielle par la CENI. Il a ensuite été confirmé par la Cour constitutionnelle où il avait installé ses hommes dont Mohamed Lamine Bangoura, président de ladite Cour.

Depuis sa réinstallation à la tête de l’exécutif, Alpha brima toutes les libertés. La situation sanitaire aidant, il parvint à étouffer toutes les voix contestataires. Depuis octobre, le siège et le QG du principal parti de l’opposition étaient fermés. En plus, il rendit la vie difficile aux Guinéens en augmentant toutes les taxes notamment sur les produits pétroliers. La situation sociopolitique était complètement pourrie du fait de son entêtement et de sa mauvaise gouvernance. Ainsi, arriva ce qui arriva le dimanche 5 septembre 2021.

L’éternel recommencement…

Dans cette situation sociopolitique tendue et accentuée par la pauvreté des populations, le Groupement des forces spéciales (GFS) qu’Alpha Condé avait mis en place pour réprimer les contestataires à son troisième mandat, a décidé d’agir pour, selon lui, alléger les souffrances des Guinéens. Ainsi, le dimanche 5 septembre 2021, les hommes du colonel Mamady Doumbouya s’étaient dirigés vers le centre administratif (Kaloum) qui abrite le palais présidentiel. Sans une forte résistance, ils avaient au bout de quelques heures gagné la bataille contre la garde présidentielle et du palais. Dans la foulée, Alpha Condé le désormais ex chef de l’Etat guinéen, fut capturé par les forces spéciales qui assurent sa sécurité. Exaspérée par la gouvernance Condé, des Guinéens occupèrent les rues de la capitale et même de l’intérieur du pays pour exprimer leur joie.

Maintenant le retour des militaires au pouvoir est acté par les populations et les acteurs politiques qui semblent les soutenir. Cependant, la Communauté internationale semble être encore dans son sommeil habituel. Cette situation est la résultante de l’obstination d’Alpha Condé à mourir au pouvoir. Mais, il a certainement oublié que les moments ont changé.

Au regard de tout ce qui précède, il est aisé de constater que la situation sociopolitique de la Guinée est une éternelle répétition de l’histoire. En effet, tout tourne autour de l’ivresse, de la folie et de la boulimie du pouvoir, de la répression d’Etat, de la pauvreté, et de la volonté de régner en maître suprême.

Par ailleurs, le pouvoir d’Alpha Condé est certes tombé, mais les populations guinéennes ne doivent pas perdre de vue en étant amnésiques aussi facilement sur les répressions sanglantes perpétrées par les forces spéciales sur des Guinéens qui n’aspiraient qu’à une alternance politique dans leur pays. Par conséquent, il faut de la vigilance et de l’exigence !!!

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